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 Sujet du message: Tu veux une orange ? [achevé]
MessagePublié: 02 Fév 2014, 22:06 
Jour 30 fingel fingelien 393 03:32
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    Cirdan, I

Thème musical de Cirdan, I

L'abeille traçait sa route, bourdonnant oisivement jusqu'à son foyer. Une halte appétissante sur une fleur avant de se déposer dans la ruche. Elle lesta le nectar brillant contre les alvéoles avant de s'envoler. Blond comme un soleil, le miel rayonnait dans ce nid douillet. La peau doré coulait généreusement du ventre des ouvrières et la délicieuse odeur ambrée vint s'insinuer dans les narines de l'elfe.

Hamil n'avait pas perdu une miette de ce spectacle sucré. Avec l'émerveillement d'un enfant, il goûta l'agitation de la ruche. Chaque habitante avait une tâche bien précise au sein de l'essaim, et contribuait à embellir le quotidien des autres.

- Hamil...

Hamil Sin Amnel !

La voix de Cirdan interrompit les distractions de son élève. Le vieil elfe gratifia le doux rêveur d'un sourire encourageant. Le ton qu'il inspirait n'était ni dur ni sévère, mais il savait se faire écouter.

- Oui, pardon. Je regardais les abeilles.

- Retourne à tes leçons, tu as encore beaucoup à apprendre. Corrige ce schéma sur la constellation de l'Arc, répertorie-moi les différentes plantes médicinales de type III. Je veux que dans une heure, tu m'expliques en quoi la pensée d'Aëlion se différencie du travail de Lerelath. Et puis n'oublie pas de complimenter le rosier, tu sais à quel point il aime les cajoleries.

Le blondinet poussa un soupir à en fendre le coeur d'un orque mais retourna à l'étude. Son maître lui avait laissé un tas de parchemins poussiéreux à décrypter. D'ordinaire, il était porté à la lecture, mais cette fois-ci, il se trouvait incapable de se concentrer. Il lâcha vite prise et reporta son attention sur la ruche. Le maître était en train d'y puiser son miel sans que les productrices ne s'en fâchent ; une aisance qui étonnait toujours Hamil.

- J'aimerais tellement avoir votre don, maître lion.

- Patience, mon cher lionceau. Bientôt tu troquera tes petites dents pour de véritables crocs. Ta crinière se développera en une superbe couronne de flammes. Et ce jour là, je t'apprendrai les secrets de la magie elfique.


Dans l'intimité, Cirdan et Hamil étaient lion et lionceau. Depuis sa chute tragique du haut d'un arbre, Hamil avait presque perdu l'usage de sa jambe gauche. Les guérisseurs s'étaient succédé au chevet du grand blessé pour délivrer le même constat : l'elfe restera boiteux. Dans une communauté où le maniement des armes importe plus que tout, Hamil perdit le soutien de son clan pour vivre en marge de la société. Ce n'est que dans les bras de Cirdan qu'il trouva refuge. Par sa bonhomie artistique, le vieil elfe lui dépeignit une autre vision de la vie, lui fit découvrir le Rire, la Joie, l'Aventure. Et, très vite, dans cette désinvolture disciplinée, le petit coeur meurtri du blondinet se rétabli.

Retranché hors de la communauté, Cirdan menait une existence frugale à l'écart de l'agitation du village. C'est sur les hauteurs, à proximité des basses montagnes, qu'il avait établi son Jardin. Et au milieu de ses plantations de fleurs et de légumes, de ses arbres à fruits et de ses ruches, Cirdan enseignait. Allongé sur son rocher-nuage, et nu comme un ver, l'elfe vert refaisait les Landes à la pointe de son verbe. Une pensée libertine qui avait pour don d'irriter l'élite intellectuelle elfique. Sages, druides et politiciens s'étaient réunis pour semer l'opprobre dans son Jardin, le taxant volontiers de "vieux fou séditieux".

Mais Cirdan les ignoraient royalement, préférant passer son temps libre à entretenir son jardin, écouter le clapotis de l'eau ou sentir la caresse de l'herbe sous ses pieds. Par moment, un animal de la Forêt se joignait à sa douce retraite. Et s'il n'y avait ni faucon, ni cerf, ni abeille, il y avait toujours Hamil. Le jeune elfe avait beau suivre les leçons des érudits légitimés par la communauté, il venait continuellement retrouver son vrai maître, dans le secret.

- Dis-moi Hamil, tu as choisi ton nom d'elfe adulte ? La cérémonie d'intronisation approche à grand pas. Il faut aussi penser au motif de ton tatouage.

- Je veux m'appeler Serwin.

Comme le faucon qui est mort hier soir.

Cirdan sourcilla devant tant de frivolité.

- Hamil, Hamil... Mon jeune élève... Tu n'auras pas cent fingéliens deux fois, le passage à l'âge adulte est quelque chose de très sérieux et tu dois le prendre en considération.

- Je dois prendre la vie avec jeu, c'est vous qui me l'avez apprit, maître !

Le jeune elfe décocha un beau sourire innocent puis se confondit à nouveau dans ses rêvasseries. Il fallu que son maître intervienne à nouveau pour l'en extirper.

- Je vois que je ne pourrais rien t'apprendre, aujourd'hui... Ne perds pas ton temps . Et puis...

Cirdan esquissa un demi-sourire moqueur.

Tu as de la visite.

Comme une apparition, une superbe elfe aux cheveux de miel se tenait à l'entrée du jardin. Elle était encore bien loin d'Hamil, mais le jeune étudiant savait qu'elle souriait avec sa malice habituelle. Il se dépêcha de ranger son bric-à-brac avant de "courir" à sa poursuite.

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 Sujet du message: Re: Tu veux une orange ?
MessagePublié: 04 Fév 2014, 18:26 
Jour 27 elavrion fingelien 392 00:38
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    Lalwen

Thème musical de Lalwen

Main dans la main, épaule contre épaule, les deux blonds s'esquivèrent loin des sentiers. Leur respiration était harmonieuse, leurs pas synchrones, rythmés sur la même cadence. L'un se mit à siffloter et l'autre repris son air. De temps en temps ils se lançaient un regard bien qu'ils n'en avaient pas vraiment besoin pour se comprendre. D'instinct, leur réaction et leurs intentions étaient connues à l'avance. Ils pensaient, agissaient et parlaient toujours avec cette même réciprocité.

Ils étaient tellement à l'identique qu'on les auraient cru jumeaux. Et bien qu'ils naquirent la même nuit, à la même heure, au même endroit, la vérité en était toute autre. Une naissance était toujours un phénomène rare chez les Hauts-Elfes, mais alors deux d'un coup ! L'événement avait fait le tour du village. Un certain fingélien 255, neuf mois après le solstice d'été du fingélien précédent, naquirent Hamil et Lalwen dans deux foyers différents. Leurs familles virent dans cette double nativité un signe des Tuvars, aussi décidèrent-ils très tôt de lier à jamais le destin des deux nouveaux-nés. Inséparables depuis l'enfance, ils grandirent étroitement conjugués l'un à l'autre. C'est au terme de cet âge tendre qu'ils devraient s'unir pour honorer la bénédiction que leur avait accordé les Premiers Nés. Un devoir qu'ils accompliraient avec un plaisir certain.

- Tu es si tendu ! J'ai l'impression de caresser le tronc noueux du vieil Arbre Terre.

- C'est mon ventre qui se noue. Comme les jolis petits rubans que tisse ta mère.

- Mon Hamy aurait-il peur de la future cérémonie ?

- Arrête de m'appeler Hamy !

Et je n'ai pas peur. Jamais.


L'elfette gloussa puis repris sa marche pour s'arrêter jusqu'à un bel arbre. Il aurait été planté au moment de leur naissance, selon l'assistant du Gardien de la Forêt. En l'apprenant, les deux elfaillons décidèrent d'y élire leur quartier et de s'y retrouver chaque jour, après les leçons de Cirdan. L'arbre était creux et ses branches suffisamment basses pour cacher toutes les folies que deux jeunes gens pouvaient imaginer. Parfois, Hamil surprenait sa moitié à comparer l'arbre au troisième membre du couple. Une plaisanterie qui n'était pas du goût du blondinet dont la jalousie avait fait le tour de la Forêt. "Tu es à moi, à moi, à moi, et à personne d'autre !" rétorquait-il sans cesse. Et malheur à qui s'en approchait.

Le boiteux se hissa sur les premières branches grâce à une corde aménagée depuis des fingéliens. En se concentrant davantage sur ses bras, Hamil pu développer une musculature assez avantageuse sur cette partie du corps.

- On sera mieux ici.

Il l'embrassa. Lalwen vint se blottir contre lui. Hamil la serra un peu plus fort dans ses bras.

- Tout de même... S'ils apprenaient tout ce qu'on a pu faire en cachette. Père me frapperait jusqu'à sang !

- Et comment va-t-on faire quand nos corps s'uniront devant eux ? Ils sauront tout de suite que ce n'est pas la première fois.

- On trouvera, on trouvera... Fais-moi confiance. J'en parlerai au maître. Lui au moins il ne se fâchera pas. Ou peu.


Ils faisaient tout à deux. Tout. Quand Hamil chuta et se brisa la jambe, elle était là. Quand Lalwen perdit son oncle et s'effondra, il était là. Ils se rassasiaient tous deux des préceptes de Cirdan dans le plus grand secret. Tout n'était qu'un jeu et la meilleure partie était celle qui se faisait dans l'ombre. Le jeune couple nageait au coeur de la dérision. Dans leur insouciance, les deux complices se rassasiaient des mauvaises blagues qu'ils assénaient aux autres elfes sans jamais se préoccuper des conséquences engendrées.

- Tu as trouvé ton nom d'adulte ? J'aimais bien Eärendil, ça fait très noble. Oui, Eärendil Sin Amnel.

- Non. Ce sera Serwin.

- Comme le faucon qui est mort ?

- Oui, comme le petit faucon.

- Ce que tu peux être puéril, parfois.

Et le tatouage ? Le tatouage ?


Hamil traça une courbe depuis son poitrail. Ce ne sera pas son premier tatouage. Les druides s'étaient essayés à dessiner des runes sur sa patte meurtrie. Un rituel curatif qui se révéla pourtant infructueux. Aussi, la totalité de sa jambe gauche était-elle bardée de signes et symboles cabalistiques.

- Un Tengwar, qui partira de ma poitrine jusque derrière mon dos, en passant par l'épaule. Ce sera sûrement un dicton cher au maître.

Ils frissonnèrent en sentant une brise glaciale filtrer les feuillages. L'hiver allait s'installer pour de nombreux mois dans la Forêt. Le Druide-Vent avait prédit une saison longue, froide et rugueuse. Lalwen soupira avec le vent. Ils n'aimaient pas l'hiver ; c'était blanc et c'était vide. Et l'hostile froideur apportait toujours avec elle son lot de calamités austères et gelées.

- Et après, la cérémonie d'union. Tu penses qu'on aura un enfant ? Tu m'imagines avec un enfant ?

Hamil se prit d'un petit rire, tandis que Lalwen lui glissait sa part en plante hallucinogène. Nez au ciel, bras croisés sous sa nuque, le jeune elfe mâchonna lentement l'alcaloïde.

- Ce serait à lui de nous élever. Deux grands gamins pour parents !

Mais... Si les Tuvars le veulent. Peut-être un, voire deux ? Après tout, ne sommes-nous pas le reflet de Leur bonté ?

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Dernière édition par Serwin le 01 Avr 2014, 14:31, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Tu veux une orange ?
MessagePublié: 08 Fév 2014, 13:33 
Jour 27 elavrion fingelien 392 00:22
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    Cirdan, II

Thème musical de Cirdan, II

Les mois passèrent et l'hiver s'installa confortablement dans la Forêt. Plus une feuille n'osait pointer aux branches des arbres endormis. Les bois ancestraux sommeillaient dans leur manteau neigeux, et les oiseaux ne chantaient plus. Les lutins se faisaient discrets. Silence mortel. Le nature immobile se reposait dans ce calme glacé pendant que le ciel continuait de déverser sa symphonie de notes blanches

Le jeune elfe avait brillamment passé l'épreuve qui devait faire de lui un adulte. Ainsi, une fois la cérémonie achevée, et devant le Conseil des Sages, Hamil devint Serwin. Beaucoup s'étonnèrent du choix du boiteux, mais ne s'en insurgèrent pas ; le nom d'adulte restait une décision personnelle et la tradition insistait beaucoup sur la liberté individuelle. Son Tengwar exclusif, symbole de son passage à l'âge majeur, barrait sa poitrine droite jusqu'à son dos. A la grande joie de Lalwen et de Cirdan, Serwin ne sourcilla même pas lors de l'apposition des runes sur sa chair, un rituel pourtant bien douloureux. Il bombait fièrement le torse - quoique encore en grimaçant, à chaque fois qu'il avait à dévoiler sa "marque". Ainsi, pouvait-on lire "Mon métier et mon art, c'est vivre" inscrit en elfique sur son buste.

Deux semaines après, Serwin et Lalwen s'unirent devant un comité restreint. Les épousailles, plutôt fréquentes, n'étaient pas particulièrement célébrées. Dans un peuple où la fécondité était extrêmement réduite, seules les naissances importaient vraiment. La cérémonie se fit selon la tradition de la famille de l'épouse. Comme le veut l'usage, le couple sépara en deux un médaillon fait à partir d'une pierre de lune, et se le partagea. Puis, le druide officiant en appelle aux Tuvars pour leur demander leur bénédiction. Elle se manifestait toujours par un signe, que ce soit avec l'apparition d'un cerf, le bruissement des arbres ou encore le vent qui se lève. Cette fois-ci, ce fut un faucon qui décrivit un cercle autour des deux elfes avant de disparaître dans le ciel blanc.

Mais Serwin ne s'en arrêta pas là, il vécu d'autres victoires. Le village connu bientôt une pénurie d'enseignants. Nombre de ces derniers partirent pour un long voyage pédagogique dans l'Est. Aussi, le Conseil des Trente demanda à ce que les meilleurs étudiants les remplacent pour devenir précepteurs. Notre brillant blondinet se vit confier cette responsabilité et eu à sa charge plusieurs jeunes elfes. Astronomie, histoire, sciences politiques, musique, philosophie... Les enseignements de son maître profitèrent à ses propres élèves, et bientôt, on pardonna la patte folle de Serwin et on ferma même les yeux sur ses petites excentricités.

Mais le boiteux continuait d'étudier dans le secret avec Cirdan. Ce dernier commença à lui dévoiler les mystères de la Magie, chose plutôt inhabituelle, eu égard à son jeune âge. La saison n'était pas propice à cet apprentissage, tant la Nature somnolait dans son plumage cotonneux. Les animaux se faisaient rares et rares étaient les arbres disposés à quitter leur léthargie pour démarrer vainement un dialogue avec un magicien novice.

- Je n'aime pas cette neige, maître. Si vide et si silencieux.

C'est désespéramment blanc.

- La neige est-elle blanche ? C'est une peinture qui prend diverses apparences. Des nuances, teintes et lumières différentes. Non, mon garçon. La neige n'est pas vide de sens car la couleur n'est jamais en dehors, elle est uniquement en dedans de soi. Ce n'est que quand tu possèdes la couleur que tu possèdes tout. Ouvre-toi. Regarde, écoute, vois et entends. La beauté est là, il suffit de l'attraper avec tes yeux. Elle ne bougera pas, elle resplendit, immobile, elle t'attend. Si tu ne vas pas la chercher toi-même, la beauté restera présente, indifférente. Il n'y a de fleurs sous cette neige que pour qui veut bien les voir. Si tu décides d'ouvrir les yeux, tu les verras. Mais pour cela, il faut que ton jugement et ta perception change. Transforme tes pensées et tu te transformeras ; tu ne pourra jamais t'élever plus haut qu'elles. La neige est-elle blanche ?


Cirdan était parti dans un long monologue et il était alors impossible de l'arrêter. Serwin prit son mal en patience et attendit que le maître ait terminé. Il écoutait rarement ses conseils.

- Alors Ham... Serwin... Il paraît que Lalwen va accoucher tout à l'heure.

- Oui, je ne vais pas tarder à partir justement. Elle est déjà entre les mains des guérisseurs.

On l'appellera Cirdan. Même si c'est une fille.


Le vieil elfe sourcilla.

- Tu sais ce que j'en pense.

Tu n'imagines même pas quel scandale ça a pu faire quand nous avons tous appris qu'elle était déjà enceinte avant le mariage !

- Nous ne savions pas, maître... Et puis quelle importance ?

- Ce sont nos traditions, Serwin, il faut que tu te mettes ça dans le crâne. Ne deviens pas comme ces pseudo-sages qui se pensent bien plus intelligents que les autres. Ne les écoute pas. Jamais. Ils se pensent si vertueux et si supérieurs qu'ils ne se rendent même pas compte qu'ils pervertissent nos propres traditions. Elles se dégradent et perdent tout leur sens.

- Mais vous dîtes toujours que vous êtes le premier des immoralistes, maître.

- Nul ne peut tourner le dos aux traditions, Serwin.


Il pointa le ciel de son index.

Elles nous viennent des Tuvars.

Ne deviens pas comme ces fous corrompus par leur suffisance. C'est tout ce que je te demande.


Serwin se leva avec l'aide de son maître. Il était temps de partir. Peut-être était-ce déjà trop tard, son enfant avait-il déjà goûté les premières lueurs du jour ? Le boiteux planta sa canne dans le sol cotonneux. Les corbeaux patrouillaient en cercle dans le ciel livide. Pâle hiver, triste naissance. L'azur cadavérique sanglota quelques flocons. Le goût de la neige fondue. La morsure du froid. Pâle hiver triste naissance. L'elfe se surpris pourtant à sourire, il avait si hâte d'être père.

Il finit par atteindre les premières maisons. Le village était lui aussi endormi dans son manteau blanc. Silence funeste. Il n'y avait pas un lutin. Avec une certaine hâte, Serwin boitilla jusqu'à sa nouvelle demeure, le cœur battant. Soudain, un cri déchirant transperça le calme innocent qui avait empli les lieux.

Son coeur était devenu un tambour.

    Il couru,

      dévala les pentes

        enjamba les marches à une vitesse folle

          acheva sa course effrénée à l'entrée

            et chuta

...

Le tambour ne battait plus.

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Dernière édition par Serwin le 01 Avr 2014, 14:14, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Tu veux une orange ?
MessagePublié: 16 Fév 2014, 11:58 
Jour 27 elavrion fingelien 392 01:13
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    IdriI

Thème musical d'Idril

Serwin ouvrit les yeux. Il avait la bouche pâteuse, un terrible mal de tête. Il essaya, non sans mal, de s'extirper du lit. Sa démarche était vacillante et hésitante. L'elfe considéra la chambre un instant en la parcourant du regard. Tout semblait basculer autour. Il n'était pas chez lui. En se levant, il renversa quelques bouteilles de vin, celles-ci vides, celles-là pleines. Le cliquetis du verre réveilla quelque chose sous les couvertures.

Deux bras s'échappèrent des draps dans un petit gémissement de plaisir. Une charmante petite tête rousse finit par suivre, traçant le sillage d'un sourire moqueur. Elle possédait une chevelure enflammée et sa peau était encore chaude. Serwin cligna des yeux, cherchant à se remémorer son visage. Idril, c'était Idril. Pas bien méchante, pas bien futée non plus, l'elfe jalousait depuis longtemps la place de Lalwen, dans le coeur du blondinet. Une place qui lui avait toujours été refusée auparavant.

Serwin chancela en constatant sa propre nudité. Il avait perdu beaucoup de poids, si bien que ses cottes saillaient sous sa peau. Son mal de crâne le faisait atrocement souffrir. Depuis combien de temps était-il dans cet état-là ? 1 mois, 2 mois, 1 fingélien entier ? Tout ce dont il se rappelait, c’est que Lalwen était partie et que leur enfant ne vivrait jamais. Ils l’avaient abandonné. Il était seul et cette pensée l’insupportait. Comme le boire et le manger, il avait besoin d'être allaité par l'attention des autres, il avait besoin d'être aimé. Pour combler cette solitude terrifiante, il parti se jeter dans les griffes de la première venue.

En réalité, deux hivers s'étaient succédé depuis le décès de Lalwen. Désormais c'était la déchéance, la décadence, le temps qui coule et qui s'écoule pour se perdre dans les nues. Impossible de remonter. La chute ne présageait aucun retour à la réalité.

Au village, beaucoup s'étaient inquiétés de l'état de santé de l'elfe. Il n'était plus qu'une ombre chancelante et désemparée. En perdant son préceptorat, Serwin noya son chagrin dans toutes les formes de dépendances qui pouvaient exister. Il réussit même à se procurer ces drogues utilisées par les shaman galdurs pour que son esprit vagabonde là où sa jambe folle ne pourrait jamais l'emmener. Le blond s'imaginait alors d'autres mondes et laissait les songes l'engloutir.

Ses journées se résumaient en de lentes descentes dans les caveaux de la chair et du vin. Son esprit nébuleux et hagard se perdait, s'égarait et déclinait en silence.

Malgré un soutien affiché et assumé dès le début, Cirdan avait finit par lui faire part de son "immense déception". Il s'était retiré dans son Jardin, attendant que son élève préféré daigne revenir à la réalité. Mais Serwin la fuyait, il ne voulait pas, il ne voulait plus. Quoi qu'il en soit, son maître voulait qu'il revienne à la raison par lui-même. " Comment veux-tu devenir responsable alors que tu te comportes toujours comme un enfant gâté ? Tu as perdu ta belle crinière et tes crocs d'airains. Le vrai lion est celui qui, non seulement résiste à l'épreuve mais l'envisage aussi comme un défi. Reviens me voir quand tu sauras rugir" lui asséna-t-il pour la dernière fois, alors que l'âme du blond flottait entre neige et brouillard.

Car maintenant, Lalwen n'était plus là. Il était seul. Seul avec "elle".

La rouquine soupira d'aise. Elle s'étira en ronronnant de plaisir.

- Reviens, tu me manques déjà...

Non. Je n'ai pas envie. Je ne veux pas de toi. Laisse-moi rêver tranquillement.

- Non, j'ai du travail. Les livres m'attendent à la bibliothèque.

La dinde gloussa.

- Tu n'ira pas étudier. Tu vas retourner dans le Jardin du fou lui dérober une bouteille de vin.

Alors tu la videras, lentement, et la boisson coulera en toi pendant que ton esprit s'écoulera dans les limbes.


Serwin fusilla l'elfe du regard. Tais-toi. Je ne veux plus t'entendre. Tu n'as rien d'une lionne. Laisse-moi planer tranquillement.

- Je n'ai jamais volé mon m... Cirdan ! Mrfff.

Et puis je ne bois pas d'abord.

- Ne me mens pas, mon Serwin, tu sais à quel point ça te va mal. On t'a vu sortir du Jardin, la semaine dernière. Et puis ton regard insolent ne me plait pas du tout. Change tout de suite d'attitude.

Rends-toi plutôt utile, va me chercher à manger, je meurs de faim ! Il nous faudra ensuite parler de notre union à ma famille. Et je veux la même robe que celle que porte Tiadanël pour la cérémonie.


Je ne suis pas TON Serwin ! Rends-moi ma liberté maintenant. Rends-moi ma solitude. Laisse-moi flâner tranquillement.

- Je dois vraiment y aller. C'est urgent. On m'attend.

Allez donc quitter le nid de l'aigle. Tout en roucoulant, Idril resserra ses serres contre l'elfe et s'accrocha à lui. Il étouffait en sa compagnie. Elle lui sourit d'un air dangereusement béat. Avec le temps, elle avait finit par le repousser ; personne ne pouvait remplacer aussi facilement la présence de Lalwen. Mais c'était trop tard maintenant, il était allé trop loin. Impossible de faire demi-tour, il subirait l'ire de la communauté.

- Je t'aime. Tu m'aimes, toi ?

- Oui, oui.


Tu parles. Je te hais, je te déteste, je te méprise. Pars en courant. Va-t-en vite. Laisse-moi vivre.

Il aspira une grande bouffée d'air avant de claquer la porte.

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 Sujet du message: Re: Tu veux une orange ?
MessagePublié: 20 Fév 2014, 13:26 
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    Nerdanel

Thème musical de Nerdanel

Il l'avait rencontrée à la bibliothèque des Anciens. Elle lui avait tout de suite plu, peut-être était-ce à cause de son regard malin et rieur, de ses longs cheveux de jais ou de ses grands yeux noirs et curieux. Et quelle chance, elle aimait aussi les siens. Il ne l'avait jamais vu auparavant car elle rentrait d'un long voyage. Son assurance et son aura trahissaient de nombreux fingéliens d'avance sur lui. Certainement, était-elle beaucoup plus âgée, plus mûre et plus expérimentée. Ce charme et cette grâce naturels lui avaient valu l'adoration de tous les mâles du coin. Tous se pressaient pour obtenir ses faveurs. Faveurs qu'elle rejetait toujours avec ce même petit sourire moqueur aux lèvres. Elle, c'était Nerdanel.

Elle n'était pas native du village, mais y avait passé de nombreux fingéliens à étudier. En effet, les sages locaux se targuaient de posséder la plus importante collection de livre d'histoire qui soit, dans cette partie des Landes. La Bibliothèque des Anciens était devenue l'exutoire favori de Serwin pour fuir la compagnie irritante d'Idril. Et cet exutoire s'était mué en échappatoire avec l'arrivée de Nerdanel. Au terme d'une rencontre entre le héros d'une guerre anté-fingelienne et d'un politicien vieux de mille printemps, elle lui avait sourit. Il lui avait rendu son sourire et commença à la faire rire. Une fois, deux fois, trois... Sa malice d'ordinaire se réveilla comme les oiseaux reviennent après un long hiver de migration. Le soleil commença à percer les nuages blafards qui s'étaient empêtrés dans le ciel. C'était le printemps dans son âme.

Ils pouvaient débattre ensemble de l'affaire de la barbe coupée ou encore de la Paix Eternelle pendant des heures. Mais très vite, ils se mirent à changer de sujet, tant sur la forme que sur le fond. Leur amour commun pour les vieilles histoires laissa place petit à petit à une autre passion, celle-ci intense, envoûtante et immodérée. Serwin passait ses journées entières dans la bibliothèque, ne quittant pas un seul instant Nerdanel du regard. Pour la première fois depuis deux fingéliens, il se sentait en paix avec lui-même, il avait réussi à tirer quelque chose de bien de son malheur.

Le blondinet finit par retourner paître dans le Jardin de son maître. Ce dernier l'accueilli avec une joie insoupçonnée. Pendant l'absence de Serwin, Cirdan avait vieillit de cent fingéliens depuis huit mois. Son visage quasi-mortuaire décrivait son état de santé. Celui qui se prétendait sage parmi les sages semblait avoir beaucoup souffert de la déchéance de son élève. Et l'annonce que lui fit son boiteux d'apprenti ne sembla pas le ramener à ses jours glorieux. A deux semaines de son union planifiée avec Idril, le blondinet voulait tout abandonner pour Nerdanel ! Excusez du peu. " Que dit ton coeur, Serwin ?" lui avait-il alors demandé avant de se séparer.

- Qu'est-ce que tu lui a répondu ?

Accroupie au bord de la rivière, Nerdanel écoutait d'une oreille distraite, tout en se tressant les cheveux qu'elle avait regroupé en une natte.

- Je lui réponds que mon coeur ne bat que pour toi. Et lui de conclure: "alors bats-toi pour elle, bats-toi comme un lion".

Elle s'arrêta et sourit. Pas un de ces sourires idiots et béats qu'accusait Idril, non. C'était un sourire vrai, libre et spontané. Un sourire plein de force et d'intelligence. Avec ça, elle avait toutes les Landes à ses pieds.

- J'imagine que la famille de cette idiote s'est étranglée en apprenant ta décision.

- Je n'en suis pas très fier...

Et ils m'ont demandé de me plier au Naveru, l'épreuve de la vertu, pour laver leur honneur.


Serwin baissa piteusement la tête, tandis que Nerdanel s'exécutait d'une petite moue réprobatrice en jaugeant la jambe molle du boiteux.

Le Naveru était un rituel proposé ou imposé par les druides pour témoigner de la pureté de cœur d'un haut-elfe. Au terme d'une préparation complexe et fatigante, les amis de la nature invoquent les Tuvars et leur demandent un quelconque signe pour témoigner de la probité de l'âme ciblée. Leur bénédiction est très inusuelle, improbable en cas de culpabilité. Elle se manifeste par l'apparition d'un cerf blanc, une espèce sacrée qui ne se montre qu'en de très rares occasions. Le sacramentaire est donc très rarement appliqué, d'autant plus que l'appel aux Tuvars puise l'énergie de la cible. Il est arrivé que certains elfes perdent connaissance pendant plusieurs jours, suite à ce procédé, c'est pourquoi beaucoup le surnomme "l'épreuve de la vertu".

Serwin sera questionné longuement par les druides. Et en fonction de la véracité de ses réponses et de l'honnêteté par lesquelles il estime avoir agit, le cerf blanc choisira d'apparaître ou non. Or il n'y avait aucune chance pour que cela arrive. Serwin avait mal agit, il avait laissé Idril se bercer dans ses propres illusions tandis qu'il se jetait inconsciemment dans les bras de Nerdanel. Après la fécondité pré-marital, le blondinet s'était laissé aller dans l'adultère, chose impensable pour tous les hauts-elfes. Et s'il ne réussissait pas l'épreuve, il risquait fort probablement d'être exclu du village.

Nerdanel finit par gratifier l'elfe d'un petit sourire encourageant. S'il devait partir, ils trouveraient toujours un moyen pour rester ensemble, contre vents et marées.

Elle avait beau être arrogamment splendide et rayonnante de sagacité, Nerdanel n'en restait pas moins terriblement ambitieuse. Sans doute était-ce cela, son talon de Fingel. Et tandis que Serwin passait en revue les écrits philosophiques des Anciens, elle se frayait un chemin à travers de sombres grimoires. La magie noire la passionnait excessivement à tel point que le boiteux s'en inquiétait souvent. Et quand il lui posait la question, elle se défendait toujours en disant qu'il valait mieux connaître son ennemi.

Affamée également de pouvoir, elle n'avait de cesse de lorgner sur les fauteuils des trente sages qui gouvernaient le village, comme dans toute communauté elfique digne de ce nom. Un plaisir qui lui était dès lors refusé compte-tenu de son âge, seuls les plus anciens pouvaient prétendre aux trônes. Mais elle faisait en sorte que les choses changent avec l'aide de Serwin et de quelques autres étudiants talentueux.

- Où en es-tu avec tes soutiens ?

- Altahël peut mobiliser sept de ses camarades, Beladhal quatre et Anumïlas deux.

Je suis également en train de voir pour convaincre Ghil Essel de se ranger avec nous. Tout le monde l'aime et l'écoute.


Nerdanel finit par sourire.

- Avec ce nombre, les Trente seront forcés de se plier à notre requête. La jeunesse elfique mérite d'être écoutée et de recevoir plusieurs postes.

- Il reste néanmoins le problème du Naveru... Si je suis forcé à quitter le village, nos plans échouerons... Et où irions-nous alors ?

- Tu t'inquiètes trop. Cela n'arrivera pas. Tout se déroulera comme prévu.

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 Sujet du message: Re: Tu veux une orange ?
MessagePublié: 22 Fév 2014, 02:50 
Jour 27 elavrion fingelien 392 00:29
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    Cirdan, III

Thème musical de Cirdan, III

- Tends encore plus les bras, jeune lion.

Ouiii, voi-là.


Serwin avait repris son apprentissage magique auprès de Cirdan. Une discipline dans laquelle le boiteux excellait terriblement ; le maître étant particulièrement pointilleux à l'égard de son élève. L'étude exigeait de lui autant de préparation physique que de préparation mentale. Il fallait se lever tôt, commencer dès l'aube avec un déjeuner frugal avant de débuter une intense méditation "en mouvement". Après un bain glacé, s'ensuivait alors de nombreux exercices corporels afin de bien entretenir l'esprit pour l'étude du midi.

Chaque jour et ce juste avant que le soleil n'achève sa course dans le ciel, Serwin pratiquait la magie pour compléter avec la théorie enseignée à la mi-journée. Lâcher-prise, attention dans l’instant et action dans le moment, tels étaient les maîtres mots de Cirdan. Et quand il parlait de magie elfique, le maître n’était plus aussi tendre qu’à l’accoutumée ; c’était un forgeron qui battait le fer aussi fort qu’il le fallait pour lui donner la forme parfaite. Et Serwin était issu du meilleur matériau.

- Courage. Montre tes crocs, rugis, éclate ta crinière au grand jour !

Il faut souffrir pour être beau.


La remarque fit sourire Serwin. Depuis sa rencontre avec Nerdanel, l’elfe indomptée, le blondinet avait regagné confiance en lui. Peut-être même trop. Il transpirait de toute cette assurance et n’hésitait pas à l’étaler en public, au grand dam de ses proches. Son arrogance et sa suffisance étouffaient les relations qu’il entretenait avec les uns et les autres.

- Je suis déjà beau, maître.

Comme le noble chêne, mes divines branches s'élèvent assez haut pour rendre les femelles infidèles.

- Pour le moment, c'est plutôt toi qui te jette bêtement entre leurs griffes.


Cirdan céda un rire et ébouriffa le champ de blé de son élève préféré. Le sage quitta l'aire d'entraînement improvisée pour partir à la rencontre des butineuses, son apprenti dans les pattes.

Cirdan prenait toujours son Jardin à titre d'exemple pour qualifier cet entraînement intensif et rigoureux. Le magicien, tel cet amoureux des fleurs, doit entretenir le jardin de son âme. L'un ne va pas sans l'autre, si son jardin est en piteux état, alors son esprit sera mal entraîné. C'est pourquoi le vieil elfe choyait avec une tendresse si particulière son domaine. Il y avait planté des acacias, des épicéas, des érables, des pins, des cerisiers, des pommiers... Sans compter la multitude de fleurs et de ruches qui couvraient ses terres.

- Je n'en peux plus d'attendre, maître. Quand pourrais-je enfin recevoir mon don ?

Serwin dévorait des yeux avec quelle facilité Cirdan réussissait à communiquer avec les abeilles de la Forêt. Pour lui, et pour lui seul, elles acceptaient volontiers de lui laisser la meilleure part. Tout en souriant, il porta délicatement une récolteuse sur son doigt et l’ausculta pour vérifier qu'elle allait bien. Puis il la déposa jusqu'à son nid.

- Patience, patience, lion fougueux. Ton éducation touche à sa fin. Le don ne saurait plus tarder.

Il finit par s’asseoir péniblement sur le bord du ruisseau. Son visage était de plus en plus triste et fatigué. Chaque jour, l'elfe vieillissait un peu plus. Il n'avait pas de ride ni de cheveux blancs, non, mais son regard las, percé par moment par quelques sourires, trahissait un accablement sinistre.

- J'aimerais plutôt que nous discutions du Naveru.

Le visage si souriant de Serwin se métamorphosa en une expression stoïque. Contre toute attente, "l'épreuve de la vertu" s'était soldée par un succès total. Aucun obstacle n'était venu obstruer le rituel. Certes, le boiteux avait souffert de quelques nausées au terme de l'interrogatoire, mais le cerf blanc était bien apparu. Tous s'étaient extasiés devant cette apparition rarissime. La famille d'Idril avait pleuré amèrement la honte de la défaite et s'était retiré.

- Il n'y a rien à redire, maître. Le druide-terre a confirmé que j'ai parlé et agit avec un cœur pur. Farenaras était bien là, vous avez vu son pelage éclatant et ses cornes neigeuses.

- J'ai surtout croisé son regard. Il était vide.

Et Nerdanel n'était pas là.

- Elle a dit qu'elle ne supporterait pas de me voir souffrir, maître.

Je ne vois pas où est le problème.


Cirdan secoua amèrement la tête.

- J'aime beaucoup ta compagne, vraiment. Mais elle ne sera jamais comme Lalwen. Ce ne sera pas une lionne. Une louve, au mieux. Elle est si dévorée par l'ambition et touche trop aux interdits.

- Vous étiez néanmoins d'accord pour que nous organisions demain cette petite révolte.

- Cela n'a rien à voir, je te parle d'autre chose. De plus sombre et de plus secret.

Mais ce que vous proposez est une excellente initiative, je l'ai toujours dit. Si la flèche atteint sa cible, notre organisation décadente pourra enfin se muer en quelque chose de bon et de bien. Je regrette de ne pas pouvoir rester assez longtemps pour la voir apparaître.

- Rester assez longtemps ? Je ne comprends pas...


Le vieil elfe observa un instant de silence avant de se décider.

- Assieds-toi je te prie.

Le coeur de Serwin se remis en marche. Il tambourinait à grandes coups. Comme pour Lalwel, comme pour leur enfant. Il sentait qu'un terrible drame allait se passer et qu'il ne pourrait jamais en changer l'issue. Impuissant, il sera forcé de regarder ce torrent de mauvaise nouvelle dévaler vers lui.

Je vais partir.

Je ne reviendrai pas, Serw...


Cirdan n'eu jamais le temps de terminer sa phrase. Plusieurs elfes avaient fait irruption dans le Jardin. A leur tête, Hamandil, un ami d'enfance du boiteux. Bien qu'il ait épousé la carrière des armes, il était toujours resté très lié avec le blondinet. Mais cette fois-ci, le soldat affichait un masque d'impassibilité terrifiant.

- Serwin ? Je vais te demander de bien vouloir me suivre.

Ne montre pas de résistance et tout se passera bien.


Ils étaient armés.

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 Sujet du message: Re: Tu veux une orange ?
MessagePublié: 09 Mars 2014, 10:39 
Jour 27 elavrion fingelien 392 00:30
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    Mencius

Thème musical de Mencius

Bzzzz.

Grosse comme un sou d'or et pourtant boutonnée de noir, l'abeille vint s'enrober sur la petite main fripée qui lui tendait l'avenir. Ses ailes fatiguées ne lui avaient pas permis de faire le voyage. Lentement, et avec une précaution particulière, le petit homme expia une légère brise de son abdomen jusqu'à la butineuse. Comme un soupir, le souffle vint caresser les ailerons de l'abeille et y pénétra profondément. La faible carcasse s'agita alors d'un brusque soubresaut avant de prendre son envol. Tout en bourdonnant, la goutte dorée se projeta dans l'infini écran bleu pour ne plus jamais revenir.

- Vole, petite abeille, vole. Les fleurs seront bien plus belles ailleurs.

C'était la dernière.


Mencius était livide. Tout en caressant machinalement sa barbe verte comme la mousse, le lutin repoussa le chapeau pointu qui dégringolait jusqu'à son nez. Lentement, il leva son flair vers le ciel, jusqu'à jauger Serwin. Le blondinet paraissait comme un géant avec ses yeux rougis, assiégés de cernes. Il venait tout juste de rentrer. Et le spectacle qui l'attendait était terrifiant. Le Jardin de Cirdan était silencieux, immobile et abandonné. Les oiseaux ne chantaient plus dans le cerisier, les abeilles avaient déserté les ruches et les daims ne couraient plus à travers champs. Même les tournesols s'étaient détourné du soleil, comme pour guetter l'arrivée d'une lumière plus ardente. Les autres fleurs chantaient leur désespoir en se fanant. Le ruisseau s'était tu, les arbres figés, le Jardin n'était plus.

- C'est terrifiant le silence, maître lutin.

Mencius opina du chef. Avec Cirdan, le lutin était l'autre propriétaire du Jardin. Il avait beaucoup vécu, beaucoup voyagé aussi. Il était allé à la rencontre des humains versatiles, des galdurs dans leurs froides steppes, et même des magiciens kultars. Il semblait tout connaître sur les Landes et son expérience fascinait Serwin. Le lutin enseignait aussi, et s'il n'était pas au miel, son domaine c'était les champignons. Au terme de longs fingéliens de périple, c'est finalement dans le Jardin de Cirdan, que Mencius avait décidé de s'arrêter. Il était entré dans le domaine du magicien et ne l'avait plus jamais quitté. Avec le temps, les deux compères avaient finit par devenir inséparables, à tel point que Serwin s'étonna de le savoir encore ici.

- Je te l'avais dit que je le lui survivrai !

Serwin s'était lié avec le lutin si bien qu'il le surnommait affectueusement "maître". Car Mencius et Cirdan se ressemblaient en de nombreux aspects ; tous deux chantaient et jouissaient simplement de la vie. Le blondinet s'enchantait de leur bonhomie, de leur bonne humeur et de leur gentillesse. Ils dispensaient généreusement de leur jovialité comme on distribue des rayons de soleil pour illuminer le quotidien des plus chagrinés. Serwin était parfois de ceux-là. Mais leurs égards avaient tôt fait de changer le gré de l'elfe. Leurs âmes étaient voisines à tel point qu'elles se complétaient.

Mencius vint se nicher sur l'épaule du boiteux.

- Ils t'auront tout de même gardé plus d'un mois dans leurs cachots.

- Le temps du procès, oui... Une véritable torture.


Un mois auparavant, les sentinelles elfiques avaient retrouvé le cadavre du cerf sacré. Ô crime atroce ! La blanche bête se décomposait lentement dans une mare de fleurs pourpres. Sur son flanc décharné, les quelques symboles cabalistiques reflétaient la marque de la magie noire. Et Nerdanel n'était pas loin. Un enfant l'avait vu sangloter piteusement de son sacrilège. Ses mains étaient rouges et elle sentait la Mort. La garde la traîna jusqu'au conseil des Trente sans autre forme de procès. Là, noyée dans ses remords, elle avoua son forfait. Par de sombres artifices, Nerdanel avait retrouvé la trace de Farenaras pour le soumettre à sa volonté. Ainsi, le magnifique cerf blanc fut-il contraint de se rendre jusqu'à l'épreuve de la Vertu, pour signifier la bénédiction des Tuvars. Et si la nécromancienne jura que Serwin n'en savait rien, les Sages le traînèrent dans les geôles du village.

Pendant un mois, quatre semaine, trente jours, le boiteux attendit l'issu du procès. Bien sûr, et selon les paroles de Nerdanel, les druides ne retrouvèrent en Serwin aucune marque de la magie noire. Rapidement innocenté, certes, il n'en restait pas moins comme un lion en cage. Le Conseil des Trente avait décrété qu'il devait y rester pour lui "éviter de commettre une erreur regrettable". Il faisait froid, la niche était petite et étroite. Il s'y ennuyait terriblement. Le premier jour, il accusa les Tuvars de tous les maux, laissant éclater sa rage sur les murs silencieux. Tout était perdu. Il n'avait plus rien. Cirdan était parti pour une raison qu'il ignorait encore. Nerdanel serait forcée à quitter la Forêt. Tous leurs projets étaient réduits à néant. Il n'avait plus rien. Plus de femelle, plus d'ambition politique, plus de maître. Rien. Il n'avait plus rien. Et tout était de la faute des Tuvars qui se jouaient de son destin. D'abord sa jambe, ensuite Lalwen et son fils, Idril, Nerdanel, Cirdan...

Les jours défilaient lentement, les nuits encore plus. Serwin était livré à lui-même, à ses démons, à ses pensées qui s'agitaient tels des instruments de torture. Et au terme de ce qui lui sembla une éternité, la grille s'entrouvrit. Il apprit que Nerdanel avait été bannie. Ils ne lui dirent pas quel chemin elle avait emprunté de peur qu'il ne la rejoigne. Quant à l'épreuve de Vertu, la loi de la Forêt stipulait qu'il était interdit de revenir sur une décision des Tuvars, quand bien même le Naveru s'était avéré faussé. Si l'elfe n'avait pas à s'inquiéter des retombées judiciaires, il savait que son nom était à jamais couvert de l'opprobre.

A voir la mine déconfite du blondinet, Mencius soupira.

- Les ennuis me sont tombés dessus à nouveau. Le schéma se répète. J'ai tout perdu, maître lutin, tout.

- Ta, ta, ta ! Tout est changement, jeune lion. Non pas pour ne plus être, mais pour devenir ce qui n'est pas encore. Les saisons défilent et se succèdent selon la Nature. Les enfants des Tuvars naissent, vivent et meurent. Tout est changement.

Mais peut-être est-ce là un signe, Serwin. Peut-être que les Tuvars souhaitent attirer ton attention ailleurs ? Ton caractère est trop volatile et ton esprit trop vagabond pour que tu vieillisses ici. J'ai beaucoup voyagé, mon garçon, je sais reconnaître un vrai compagnon de route. Je crois que la quête de la Connaissance ne te correspond pas. Tu es fait pour l'Aventure, la vraie. Celle qui s'imprime en majuscules cosmiques dans le ciel étoilé. Celle qui t'invite chaque jour à jouir loyalement et entièrement de ton être. Celle qui t'invite sans cesse à remplir de nouveaux défis et à te vaincre toi-même. Elle demande du cran, de l'audace et un sourire émerveillé. Au petit matin, tu te lancera sur la route avec le ciel pour seul toit. Et une fois que, fatiguée, la nuit s'épanchera, tu t'allongera enfin, le cœur rempli et fier. Car le secret pour récolter la plus grande fécondité, la plus grande jouissance de l'existence, consiste à vivre dangereusement.

Prends ton envol, disparais comme cette abeille.

Tu mérites de vivre l'Aventure. Elle t'a choisi.


Puis de reprendre, après quelques instants de silence.

- Il t'a laissé une lettre. Avant de partir. Sur la table, dans la cuisine.

Serwin se précipita jusqu'à la cabane de Cirdan. La table à manger était vide, excepté une bobine de fil, une aiguille et une petite enveloppe. Le boiteux se jeta sur le petit mot et le lu avec avidité. Une fois terminé, il parcouru le parchemin trois fois, lorgnant sur les autres objets qui reposaient sur le meuble. L'elfe fronça les sourcils, visiblement contrarié. Son maître avait achevé son parchemin de façon plus que partielle, tant la fin était sibylline.

- Te voilà maintenant avec les matériaux pour tisser le fil de ton Art.

Mencius avait fait irruption dans la chaumière. Il attendait sur le pas de la porte. Les dernières lumières du soleil dansaient à travers fenêtres. Le couchant caressait de ses rayons orangés le visage du jeune magicien.

Tu viens de recevoir ton Don.

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Dernière édition par Serwin le 01 Avr 2014, 14:22, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Tu veux une orange ? [Achevé]
MessagePublié: 18 Mars 2014, 01:26 
Jour 4 thyllion fingelien 392 02:00
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    Serwin, I

Le boiteux posa son bâton de marche, un point de coté, le souffle coupé. Les muscles en feu, sa jambe molle hurlait à la mort. Il avait faim, soif et il était fatigué. Pourtant, le spectacle qui s'offrait à lui n'était comparable à nul autre. Là, perché au sommet d'une haute falaise, l'elfe vert goûtait le paysage doré par les dernières lumières du soleil. C'était une ville d'humains, des eldorians ou des sinans, il n'en savait rien. Bâtiments et tours réverbéraient la douce clarté orangée qui caressait pierres et fenêtres. Dans les rues, la journée touchait aussi à sa fin. Tandis que les marchands repliaient leurs étals, les enfants couraient après un chien. Les yeux acérés du magicien vit dans leur jeu joie et bonheur. Ils n'avaient pas l'air si différent des siens. L'elfe secoua la tête pour refouler cette pensée.

" Si, ils sont différents. Ce sont des humains et des Rampants. "

Quelques mois auparavant, et après avoir découvert la lettre d'adieux de son maître, Serwin se tailla un bâton et se ficela à l'épaule un sac en bandoulières. Il partit le lendemain, aux premières lueurs du jour, pour ne plus jamais revenir. Oh, qu'il avait envie de goûter cette Aventure tant déclamée par Mencius ! Il n'avait rien pris d'autres avec lui, seulement quelques vivres, pas même un livre ! Dans sa main libre, il tâtait du fil et de l'aiguille que lui avait légué son maître. Chaque jour, il parcourait les routes, à la recherche de quelques aventures. Et chaque jour, il faisait de nouvelles découvertes. Tout ce qu'il apprenait le rendait heureux. C'était la vraie connaissance, non pas celle que l'on trouve dans de sombres ouvrages, mais celle que l'on conquiert par l'expérience que nous procure l'Aventure.

Mais la découverte de certaines choses peut choquer, parfois elle bouleverse. Comme ce jour où, après avoir quitté définitivement le domaine sylvain, Serwin découvrit pour la première fois des humains. Et ce fut un coup terrible pour le blondinet. Sa première rencontre fut avec un vieillard, qui, le tronc décharné, lui fit comprendre les affres du temps. Puis, il croisa la route d’un malheureux rongé par lèpre, et appris les ravages de cette étonnante chose qu’on appelle maladie. Enfin, c’est le corps sans vie d’un homme dont la tête avait été coulée dans de l’or qui lui fit prendre conscience des dégâts causés par sa dévotion pour ce que l’on nomme communément « la religion de l’argent ».

Car Serwin ne connaissait pas tout cela. Lui, avait toujours vécu à l’abri du monde extérieur, dans ce petit village elfique en retrait de toutes choses. Mais depuis que les Landes lui étaient apparues en rêve, il n'avait d'yeux que pour les fameux Îlots Centraux qui renfermaient avec eux la forme d'Aventure la plus excitante et la plus dangereuse. Il lui fallait à tout prix rejoindre ces terres d'ivresses périlleuses et y goûter.

Une seule chose continuait de le frustrer : le subit abandon de son maître. Et pour seul cadeau d’adieu, qu’avait-il reçu ? Une bobine de fil et une aiguille ! C’était à se moquer des Landes. Et pourtant, chaque soir après une longue marche, l’elfe s’asseyait au coin du feu pour percer le mystère du Don. A l’aide de l’aiguille, il passait le fil par-dessus et par-dessous, étendait les fibres jusqu’à les lier entre elles. Mais chaque soir, il échouait, et chaque matin il défaisait la toile. Il faut dire que le mot d’adieu de Cirdan n’avait pas aidé le blondinet à comprendre.

Serwin déplia le parchemin et fronça des sourcils en le lisant. Les premières phrases composaient un lairë, court poème elfique composé de pas plus de 21 syllabes, sur trois lignes, pas moins. Puis… une charade !

Citer:
Soupir automnal
Les feuilles mortes foulées
Un envol est une naissance


Mon premier brille comme le miel : prends garde à lui, qu'il ne te corrompt pas l'âme !
Mon second a traversé les saisons : prends garde à lui, qu'il n’enorgueillisse pas ton esprit !
Mon dernier est ce qui doit être fait du lever jusqu'au coucher : laisse-toi guider, ouvre-lui ton cœur !

Mon tout est le Don que je te fais. C'est le soleil qui égayera tes journées. Du sac que tu tissera, voici mon dernier cadeau, puisses-tu en jouir pour l'éternité. Je ne m'aventurerais pas sur les raisons qui m'ont poussé à partir. Il est de ces fins tristes qui méritent d'être pleurées, mais ceci n'est pas une fin, mon cher lionceau. Ceci est le début d'une nouvelle vie, de ta nouvelle vie. Ne te retiens pas, dévore-la, rugis avec elle ! Souviens-toi que ton salut et ta perte ne sont qu'en toi-même et qu'il ne dépend que de toi de vivre intensément chaque parcelle de ton quotidien. Sache que ton souvenir restera à jamais gravé dans mon cœur.

Ton ami,

Cirdan.


Serwin rangea avec une douce précaution le parchemin puis se mis à contempler avec émerveillement le couchant au loin. Il était orange et la mer séparait l’astre en deux. Il ressemblait à un sac étendu sur la houle.

Un sac.

Mais oui.

D’un bond, il sorti aiguille et fils de sa besace, et entreprit de tisser une petite hotte. Les derniers rayons lumineux vinrent frapper les petits doigts agiles qui s’exécutaient machinalement, comme habités par une force inconnue. Et tout s’accéléra. Le magicien était totalement absorbé par sa création. Puis, une fois les dernières coutures finalisées, le blondinet contempla le sac à travers tous les angles possibles et imaginables. Il passa sa main pour s’assurer que l’intérieur, vide, était suffisamment solide. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsque ses doigts sentirent une présence.

« Non, c’est impossible. »

Serwin écarta les ourlets et ouvrit grand la sacoche. Ses yeux s’écarquillèrent. Comme des petits soleils, une belle brassée d’orange dorées attendaient, impassibles et sereines. Il les sorti toutes. Encore et encore. Mais pour une orange enlevée, deux venaient la remplacer. L’elfe avait beau en retirer, le sac restait toujours rempli. Enfin, ses phalanges rencontrèrent quelque chose de plus dur et de plus froid. C’était une pierre verte. Un jade. Celui que Cirdan portait toujours autour du cou, même nu, à tel point qu’il en était devenu le prolongement de son corps.

Rayonnant comme une étoile, l’elfe sourit, caressant doucement la peau d’un agrume, tandis que des larmes de joie coulaient naturellement de son bonheur. Le soleil achevait sa course vers le lit nuptial. La mer possédait presque l’arc de cercle orangé. Il était grand temps de rentrer dans la ville avant que la nuit ne s’empare du ciel. Car, c’est à ce moment précis que les malandrins attaquaient les voyageurs. Et Serwin avait déjà eu quelques mauvaises expériences de la chose. Il descendit lentement la côte jusqu’à atteindre les portes de la ville, là où les sentinelles hurlaient aux pérégrins de se dépêcher.

En pénétrant dans la cité portuaire, le blondinet laissa son regard curieux vagabonder entre les bâtisses à colombages. Arrivé sur les quais, il repéra le rafiot qui devait le transporter jusque sur les Îlots Centraux. C’était la première fois qu’il voyait la mer de si près. Elle était rose. Comme les azalées de son maître. Comme les lèvres de Nerdanel...

Il chassa vite ses pensées d’une secousse, pour se concentrer sur un marin qui rembourrait sa pipe.

Il n'avait encore jamais adressé la parole à un humain. C'était l'occasion ou jamais. Mais comment pouvait-il s’y prendre ? A cours d’idée, Serwin fouilla dans son sac pour en sortir un beau fruit doré. Puis, s'approchant de l'humain comme on aborde une bête curieuse, il décida de rentrer dans l'Histoire.

- Tu veux une orange ?

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